Trekking Pyrénées juillet 2013 - Robscilla

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Trekking dans les Pyrénées  
Juillet 2013
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Avez-vous entendu parler de la légende du lac du Montagnon ? Si cela n’est pas le cas, rassurez-vous, cela est normal, car il n’en existe aucune … du moins pas officiellement. En vérité, elle n’est connue que de ceux qui l’ont vu de leurs propres yeux, de ceux qui ont gravi la montagne pour aller la chercher.

Serez-vous de ceux-là ?

Je veux bien vous la révéler, mais pour cela, je dois vous conter l’histoire de notre traversée.

Saurez-vous attendre ?


Gave du Marcadau

 
Après une nuit confortable passée à l’hôtel, nous quittons Sarrance, mon compagnon et moi-même, et continuons sur la N134 en direction de Bedous. Une fois là-bas, nous quittons la nationale et bifurquons vers Aydius. La Vallée d’Aspe est décidément très belle et encore très sauvage. Il ne faut pas oublier que cette vallée a longtemps été le refuge d'ours bruns pyrénéens. Aujourd’hui, il n’en reste quasiment plus. L’homme ne supporte pas la menace, et dès qu’un ours ou un loup investit « son » territoire, il se sent obligé de le détruire. Heureusement, tous ne réagissent pas de la même manière. Peut-être aurons-nous la chance de rencontrer un Esprit Ours lors de notre voyage. Les Indiens pensent que l’Ours est sage. Nous ferions bien de l’écouter dans ce cas. Ou de nous sauver s’il s’avère plus vivant que nous le pensions ! Arrivés au village d’Aydius, nous prenons la direction « Les Salars » que vous pouvez d’ailleurs emprunter juste avant de pénétrer dans le village, ce que nous avons fait ou alors traverser le village et ne prendre cette direction qu’après, ce qui s’avère être un meilleur choix. Ensuite, un autre choix s’offrira à vous, lorsque vous croiserez un panneau indiquant « Circulation interdite sauf autorisation ».


Gave du Marcadau

 
Après une nuit confortable passée à l’hôtel, nous quittons Sarrance, mon compagnon et moi-même, et continuons sur la N134 en direction de Bedous. Une fois là-bas, nous quittons la nationale et bifurquons vers Aydius. La Vallée d’Aspe est décidément très belle et encore très sauvage. Il ne faut pas oublier que cette vallée a longtemps été le refuge d'ours bruns pyrénéens. Aujourd’hui, il n’en reste quasiment plus. L’homme ne supporte pas la menace, et dès qu’un ours ou un loup investit « son » territoire, il se sent obligé de le détruire. Heureusement, tous ne réagissent pas de la même manière. Peut-être aurons-nous la chance de rencontrer un Esprit Ours lors de notre voyage. Les Indiens pensent que l’Ours est sage. Nous ferions bien de l’écouter dans ce cas. Ou de nous sauver s’il s’avère plus vivant que nous le pensions ! Arrivés au village d’Aydius, nous prenons la direction « Les Salars » que vous pouvez d’ailleurs emprunter juste avant de pénétrer dans le village, ce que nous avons fait ou alors traverser le village et ne prendre cette direction qu’après, ce qui s’avère être un meilleur choix. Ensuite, un autre choix s’offrira à vous, lorsque vous croiserez un panneau indiquant « Circulation interdite sauf autorisation ».


Gave du Marcadau

 
Celle-ci débute sur le chemin tracé par les engins forestiers s’enfonçant dans la forêt. Très vite, nous croisons un petit ruisseau. Et alors que nous le traversons, une silhouette apparaît un peu plus en contrebas : une vache ! Elle nous toise d’un œil surpris, les sabots dans l’eau, à moitié cachée par les plantes alentour. Nous ne pensions pas en croiser une si rapidement. C’est une vache à eau ! Nous devrions peut-être la prendre avec nous. Elle pourrait nous servir de récipient … (cf. définition d’une vache à eau pour comprendre le jeu de mots). Nous n’en ferons rien bien entendu : les vaches sont sacrées ! Nous laissons donc l’animal vaquer à ses occupations et empruntons un sentier à la montée assez rude. Une fois en haut, le sentier débouche sur une pente douce herbeuse. Nous continuons de grimper jusqu’aux cabanes de Cure Det Cam (1600m). Sur le chemin, nous avons le plaisir de rencontrer quelques spécimens tout à fait intéressants. En effet, nous croisons plusieurs troupeaux de vaches et même un petit veau. La vue est superbe et tout aurait pu être parfait si ces quelques vaches ne s’étaient pas trouvées sur notre chemin. En effet, l’air belliqueux qu’elles affichaient alors aurait fait reculer les plus téméraires. Leurs yeux presque rouges semblaient nous défier.


Gave du Marcadau

 
C’est donc avec prudence que nous nous éloignions du chemin, histoire de ne pas les déranger plus que de raison. Le ciel commence à virer au gris et à déverser ses larmes. Une fois à la cabane de Cure Det Cam, nous faisons une pause près d’une source et prenons le temps d’admirer le paysage. Outre les vaches qui se comptent en grand nombre ici, la beauté s’incarne dans une  multitude. L’écho de notre silence se répercute dans les montagnes comme un murmure. Nous goutons aux joies de la solitude. La bruine continue de tomber et nous accompagnera tout le long du sentier que nous monterons depuis la cabane avant de nous quitter au col de la Taillandère. Une clôture délimite l’endroit, séparant les différents troupeaux. À partir de cet endroit, il n’y a pas d’autres choix que de franchir cette clôture si l’on veut atteindre le lac du Montagnon. En regardant sur notre droite, nous apercevons le pic de l’Escala. Il est possible d’y monter et ainsi d’avoir une très belle vue du lac du Montagnon d’Iseye, notre destination.

Lac du Montagnon

 
Nous entamons donc la montée vers ce dernier, récupérant le sentier passant à la base du flanc du pic de l’Escala. Un pierrier sur lequel nous évoluons doucement afin de ne pas glisser et ce qui fatalement s’ensuit ! La montée est rude, mais le paysage qui se profile derrière nous en vaut la peine. Des troupeaux à perte de vue, une herbe verte à souhait, un ciel d’un bleu intense et une hauteur à couper le souffle. Après un certain temps, nous accédons enfin au plateau abritant le fameux lac du Montagnon dit en forme de cœur. Et ce n’est qu’une fois arrivés au lac que nous prenons véritablement la mesure de la beauté d’un tel lieu. Un paysage constitué de laquets entourant un étrange lac bleuté à demi gelé ! Nous sommes pour le moins surpris de le découvrir si blanc en cette période de l’année. Nous nous approchons du lac, pas à pas, et cherchons à en redessiner les contours. Et tandis que mon compagnon longe la rive droite du lac afin d’y trouver un endroit par où monter et avoir une vue plus aérienne du lac, et ainsi l’apprécier à sa juste valeur, je m’assois face à lui et tandis que je me perds dans sa contemplation, une légende fait surface. L’ai-je entendue, vue, ressentie ou tout simplement imaginée, je ne saurais le dire, mais je peux vous la raconter :



Lac du Montagnon

 
«  Il y a de cela six cents ans vivait, dans le village d’Aydius, une jeune fille qui se nommait Isaure. Elle était très belle et très convoitée. Un jour, alors qu’elle se promenait dans la vallée, elle fit la rencontre d’un jeune homme qui ne parlait pas sa langue. Et bien qu’elle ne le comprit pas, Isaure l’aima dès qu’elle posa son regard sur lui. Il était blessé et semblait épuisé. Et pourtant, elle le trouvait le plus beau des hommes. Elle voulut l’emmener dans son village, mais le jeune homme qui s’appelait Arcadio protesta tant et si bien qu’Isaure décida de le cacher dans une grotte qu’elle connaissait bien. Pendant des semaines, elle subvint à ses besoins, lui ramenant vêtements et nourriture. Et plus elle passait du temps avec lui, plus elle l’aimait.


Pic du Midi D'ossau

 
Malheureusement, son père qui commençait à s’impatienter de la voir décliner toutes les propositions de mariage qu’on lui faisait décida de sceller son sort. Elle épouserait le fils d’un marchand de Bedous. C’était une belle opportunité, lui dit-il et il était grand temps qu’elle prenne époux. La pauvre Isaure tenta de braver son père, puis de l’adoucir, mais sans succès ! Lorsqu’elle comprit qu’elle devrait se soumettre à un homme qu’elle ne connaissait pas, et quitter l’homme à qui son cœur appartenait décida de fuir avec son bien-aimé. Lorsqu’Icario apprit toute l’histoire, car l’amour avait fait tomber les barrières de la langue, il lui promit que jamais rien ne les séparerait et qu’à la tombée de la nuit, ils partiraient. Isaure reprit ensuite la direction de son village afin de réunir quelques vêtements et assez de nourriture pour tenir ne serait-ce que quelques jours. La peur au ventre, elle parvint à s’échapper de la maison de son père, une fois le soleil couché. Elle avait hâte de rejoindre son Icario qui devait l’attendre avec la même impatience. Mais une fois arrivée à la grotte, elle ne trouva personne. Icario avait disparu.

Pic du Midi D'ossau

 
Effrayée à l’idée qu’il ait pu lui arriver quelque chose, Isaure laissa tomber toutes ses affaires et se mit à sa recherche. Mais rien n’y fit. De retour dans la grotte, Isaure remarqua un petit bout de tissu qui semblait avoir été arraché. Dessus était apposé un mot : Adieu. Isaure ne comprit pas tout de suite ce que cela pouvait vouloir dire. Mais déjà le doute se frayait un chemin dans son cœur, et lorsqu’Isaure fut à peu près certaine que son amant l’avait éconduit au moment où elle avait le plus besoin de lui, et qu’il s’était joué d’elle, alors elle s’effondra sur le sol caverneux et pleura jusqu’à ce ses larmes se tarissent. Au petit matin, tandis que le soleil et la lune se croisaient, Isaure sortit de la grotte et commença à marcher vers l’intérieur de la vallée. Elle erra longtemps, très longtemps, des jours durant, sans boire ni manger. Elle marchait, changeant parfois de direction comme si elle savait où elle allait. Elle grimpait parfois, les mains en sang, les pieds endoloris, mais il n’y avait aucune trace de souffrance sur son beau visage.


Pic du Midi D'ossau

 
Et un jour, alors qu’elle avait grimpé jusqu’à un plateau herbeux, Isaure s’arrêta. Elle resta là, le regard vide de toute expression. Et puis, le vent se mit à souffler et la brisa, telle une brindille. Isaure, allongée sur le sol, sentit quelque chose couler le long de sa joue. Elle sourit. Son cœur venait de verser sa dernière larme. »


Pic du Midi D'ossau

 
On dit que de cette larme est né le lac du Montagnon. On dit également qu’Icario ne serait jamais parti, mais qu’il lui serait arrivé malheur alors qu’il explorait les environs à la recherche d’une direction à prendre. Quoi qu’il en soit, Isaure continue de vivre. Elle est l’esprit du lac. Si vous voulez adoucir son cœur, enneigé les trois quarts de l’année, approchez-vous du lac et plongez-y la main. Vous sentirez peut-être son contact. On dit que cela lui réchauffe le cœur.

Puis repartez par le couloir de l’Escala et racontez à votre tour ce qu’elle vous a murmuré…


Pic du Midi D'ossau

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